Les ETF, la nouvelle bulle financière des marchés actions ?

Les ETF sont-ils la nouvelle bulle des marchés actions ? Pas au sens classique : ils ne créent pas de valeur artificielle. Mais leur poids croissant concentre les gains sur quelques titres et pourrait, en cas de choc, brouiller la formation des prix. Voici les arguments des inquiets, ceux de leurs défenseurs, et ce que cela change pour un épargnant qui investit en fonds indiciels.
L'essentiel
- Aux États-Unis, la part des investisseurs actifs est passée de 81,4 % en 2000 à 59,5 % en 2020.
- Des gérants réputés, comme Michael Burry, comparent la concentration des fonds passifs aux mécanismes de la crise de 2008.
- Les petites capitalisations restent largement évitées par les fonds indiciels, faute de liquidité.
- Lors d'une forte baisse, les fonds indiciels pourraient devoir vendre par obligation et amplifier le repli.
- Le marché mondial des ETF dépassait 20 000 milliards de dollars d'encours début 2026.
La surperformance des fonds indiciels
Les études SPIVA montrent que la plupart des portefeuilles actifs diversifiés font moins bien que les grands indices comme le S&P 500. Voir notre article sur le stock picking. Cette réussite a un revers : un fonds indiciel doit acheter les titres qui montent pour rester aligné sur son indice, ce qui crée un « effet de momentum ».
En 2024, par exemple, une part importante de la hausse du S&P 500 est attribuable à une seule action : NVIDIA. Plus un titre pèse dans l'indice, plus les fonds en achètent, et plus il monte.
La diminution des investisseurs actifs
La gestion passive a pris une place considérable. Quelques repères, tels que rapportés par les études et la presse financière citées en source :
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Part des investisseurs actifs sur le marché américain, en 2000 | 81,4 % |
| Part des investisseurs actifs sur le marché américain, en 2020 | 59,5 % (soit -27 % en 20 ans) |
| Part du flottant d'une entreprise du S&P 500 détenue en moyenne par des fonds indiciels | 21,25 % (Bloomberg Intelligence) |
| Encours d'iShares (BlackRock), fin 2018 | 3 352 Md$, plus que le PIB annuel de la France |
| Nouveaux fonds indiciels lancés aux États-Unis en 2023 | 496 (+40 % par rapport à 2022) |
Ordres de grandeur issus des sources citées en fin d'article (Bloomberg, BlackRock, études universitaires) ; ils datent de périodes différentes et ne sont pas tous actualisés.
En 2018, John Bogle, le fondateur de Vanguard et pionnier des fonds indiciels, avertissait lui-même : si les tendances historiques se poursuivent, une poignée d'investisseurs institutionnels géants détiendra un jour le contrôle des votes de pratiquement toutes les grandes entreprises américaines.
L'impact des fonds indiciels sur les prix
Un fonds passif achète selon l'appartenance à un indice, pas selon la valeur d'une entreprise. Il peut donc creuser un écart entre le prix de marché et la valeur intrinsèque. Des chercheurs (Haddad, Huebner et Loualiche) relèvent d'ailleurs une baisse de l'élasticité-prix du marché américain depuis 2004, de l'ordre de 11 % selon les travaux cités : les flux de capitaux pèseraient davantage sur les cours.
C'est le parallèle qu'a dressé le gérant Michael Burry, popularisé par Christian Bale dans le film The Big Short : il compare la croissance des fonds indiciels aux CDO d'avant 2008, avec de gros flux de capitaux qui décident des prix plus que l'analyse fondamentale.
Que se passerait-il en cas de crise ?
Le scénario redouté est le suivant : une baisse brutale inverserait l'effet de momentum. Les fonds indiciels devraient vendre pour conserver les proportions de leur indice, ce qui accentuerait la chute des valorisations, comme lors de l'éclatement de la bulle internet en 2000. Le point critique est qu'aucune grande crise n'a encore testé le marché avec un poids aussi élevé de la gestion indicielle. C'est une hypothèse, pas une certitude.
Une critique des fonds indiciels trop facile ?
- Un précédent historique. Dans les années 1970, les fonds communs de placement subissaient des critiques semblables à celles qu'on adresse aujourd'hui aux fonds indiciels.
- Une logique de marché. Les nouveaux entrants sont toujours contestés par les acteurs installés.
- Un biais d'intérêt. Les gérants actifs ont un intérêt financier à critiquer leurs concurrents passifs.
- Un segment délaissé. Les petites capitalisations, que les fonds indiciels évitent à cause de contraintes de liquidité, restent un terrain où des gérants actifs spécialisés peuvent faire la différence.
- Un remplacement possible. Si les fonds indiciels disparaissaient, d'autres véhicules prendraient leur place.
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Quel est l'avenir des fonds indiciels ?
Aux États-Unis, 496 nouveaux fonds indiciels ont été lancés en 2023, soit 40 % de plus qu'en 2022. Le patrimoine des ménages américains atteignait 160,8 billions de dollars au premier trimestre 2024 (Réserve fédérale), et les plans de retraite 401(k) alimentent en continu l'adoption des fonds indiciels. Sauf catastrophe économique, cet afflux devrait se poursuivre, ce qui soutient les valorisations, sans garantir les gains futurs ni exclure une correction.
La vraie question : les fonds indiciels sont-ils déjà « too big to fail » ?
Que faire quand on investit en ETF ?
Ce débat n'est pas une raison de fuir les ETF, qui restent un outil peu cher et efficace pour la majorité des épargnants. Mais il rappelle quelques réflexes :
- Diversifier les zones géographiques. Comparer par exemple un indice américain et un indice mondial, voir notre article MSCI World ou S&P 500, ou ajouter une poche européenne, voir nos ETF européens.
- Varier les méthodes d'indices. Un ETF smart beta pondère autrement que par la capitalisation.
- Regarder ce que l'on détient vraiment. Vérifier la répartition réelle de son portefeuille sur l'ensemble des lignes, car plusieurs ETF peuvent contenir les mêmes titres.
- Privilégier le long terme et n'investir que l'argent dont on n'a pas besoin à court terme.
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Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une bulle spéculative sur les ETF ?
Une bulle est une envolée des prix déconnectée de la valeur réelle des actifs, suivie d'un effondrement. Les ETF ne créent pas de valeur artificielle ; mais leur poids croissant peut amplifier les mouvements de prix de certaines actions, sans qu'un krach soit pour autant garanti.
Pourquoi dit-on que les fonds indiciels concentrent les marchés ?
Ils achètent automatiquement les titres qui montent pour rester alignés sur leur indice. Cet effet de momentum renforce les hausses et concentre les gains sur un nombre limité d'entreprises, notamment la technologie américaine.
Un ETF physique ou synthétique est-il plus risqué en cas de choc ?
Un ETF physique détient réellement les titres de l'indice ; un ETF synthétique passe par un contrat d'échange avec une banque. Le second ajoute un risque de contrepartie en cas de choc, que le premier n'a pas.
Existe-t-il des alternatives aux ETF classiques ?
Oui, notamment les ETF smart beta, qui sélectionnent leurs titres selon des critères (qualité, valeur, faible volatilité) plutôt que la seule capitalisation. Ils peuvent réduire la concentration tout en gardant les avantages de la gestion passive.
Comment investir en ETF sans subir l'effet de concentration ?
En diversifiant entre zones géographiques et méthodes d'indices plutôt qu'en s'en remettant à un seul indice pondéré par la capitalisation, et en vérifiant la répartition réelle de son portefeuille sur l'ensemble des lignes détenues.
Sources
- S&P Dow Jones Indices, SPIVA Europe Scorecard (mi-2023)
- Haddad, Huebner et Loualiche, « How Competitive is the Stock Market? » (SSRN)
- Bloomberg Intelligence, détention du S&P 500 par les fonds indiciels
- ETF Stream / Bloomberg, doublement de la détention passive du S&P 500 en sept ans
- Bloomberg, « Watch Out for the Market's First Real Test of the Index-Investing Era » (juin 2024)
- BlackRock / iShares, Investor Progress Report (novembre 2018)
- Bloomberg, entretien avec Michael Burry sur le parallèle entre CDO et fonds indiciels (septembre 2019)
- Bloomberg, analyse du boom des lancements d'ETF (juin 2024)
- Reuters, patrimoine des ménages américains au premier trimestre 2024 (Réserve fédérale)
Cet article a un caractère informatif et pédagogique ; il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation d'achat ou de vente, ni un conseil fiscal. Il présente un débat et des hypothèses, non des prévisions. L'investissement comporte un risque de perte en capital, partielle ou totale. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant tout investissement, consultez le Document d'Informations Clés (DIC) et, le cas échéant, un conseiller habilité.